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Dégradation de l'image

Dégradation de l'image - SNCL-FAEN

La question de la dégradation de l’image des enseignants est plus que jamais légitime, mais très souvent traitée de façon partielle. Le SNCL-FAEN rétablit ici quelques faits pour dégager ses revendications en la matière…

 

UNE VISION BIAISEE PAR L’HISTOIRE

Une des premières approches qui dessert trop souvent la problématique de l’image des enseignants consiste à entrer dans des perspectives historiques, en comparant notre fonction sociale actuelle à celle exercée autrefois par nos prédécesseurs : instituteurs des campagnes aux premières heures de l’école obligatoire, hussards noirs de la République… autant d’images recomposées (voire parfois idéalisées) qui viennent faire injustement de l’ombre à nos pratiques contemporaines, sans réelle pertinence qui plus est, tant nos fonctions ont changé, tout comme le regard que la société entière porte désormais sur les institutions et ceux qui les incarnent.

Nous traversons en effet une époque de défiance généralisée : envers les détenteurs de l’autorité, envers les professeurs de prétendues vérités ; comment les enseignants seraient-ils épargnés quand ils sont tenus d’être les deux à la fois ?

La dégradation de notre image s’explique donc d’abord par un scepticisme ambiant, dans lequel l’Education nationale n’a pas de culpabilité directe (même si cela ne la dispense pas d’avoir une responsabilité à prendre).

UNE VISION PLUS REALISTE DU PROBLEME

Beaucoup plus pertinentes sont les analyses qui se penchent sur les perceptions actuelles qu’ont nos différents interlocuteurs (familles, élèves, hiérarchie, administration) de notre métier d’enseignant, et même sur la perception que nous nous faisons nous-mêmes de notre fonction. Ici les études statistiques sont formelles, malgré une image relativement favorable des enseignants dans l’opinion publique (comparativement aux autres corps de métier dits « de service ») jusqu’en 2005, une nette dégradation s’est amorcée jusqu’en 2011 et la fin du quinquennat Sarkozy ; dégradation qui n’a pas pu être réellement enrayée depuis 2012… Les conséquences sont visibles de tous : désaffection du métier, baisse du nombre d’inscriptions aux concours d’enseignement, hausse des conflits avec les familles, tout particulièrement dans le premier degré où l’autorité de l’enseignant est remise en cause… La présentation du fonctionnariat en seuls termes de coût pour la Nation a fait beaucoup de dégâts dans l'opinion publique, tout comme l’incapacité des gouvernements successifs à enrayer la hausse du chômage. Sur le terrain, les enseignants se trouvent ainsi chargés de torts nouveaux aux yeux du plus grand nombre : coûter trop cher à l’Etat, et ne plus garantir de formation-clé menant directement à l’emploi pour les élèves dont ils ont la responsabilité…

A ces phénomènes s’ajoute encore un dernier effet négatif : la dévalorisation du métier par les enseignants eux-mêmes… Soumis à toujours plus d’exigences (parfois contradictoires) et de pressions, les enseignants se retrouvent mis en posture d’échec, et finissent par dénigrer leur propre activité, comme s’ils se reprochaient de ne pouvoir réaliser ce qui, en fait, relève de l’impossible…

 

RESTAURER L’IMAGE DES ENSEIGNANTS

Pour le SNCL-FAEN, le premier levier pour restaurer cette image consiste donc à permettre à tous les enseignants de reprendre confiance en eux, en cessant de les écraser sous des exigences pédagogiques discutables, et en cessant de parler d’eux comme d’une seule variable comptable. Cette restauration passe donc par un discours ministériel plus respectueux, et une politique plus inclusive qui prenne le temps de réellement écouter les avis des professionnels de terrain que sont les enseignants, avant de réformer à tout va.

Le second levier tient en une revalorisation salariale du métier, à la hauteur de la considération que  les enseignants méritent par leur implication. Cette revalorisation générale permettra aussi de rattraper le retard français en la matière par rapport aux autres pays de l’OCDE, et de redynamiser les inscriptions aux concours, avec des salaires qui ne soient plus indignes des années d’études désormais exigées pour devenir enseignant(e).

Le troisième levier tient en un soutien véritable de la hiérarchie lors des situations de conflit avec les élèves et les familles. La dégradation des relations provient trop souvent du fait que l’enseignant se retrouve isolé et « lâché » par le système, ses convictions et ses choix étant trop facilement remis en cause.

Enfin, un travail de fond devra être mené tant pour permettre à l’école de ne pas perdre son rôle préparatoire à l’entrée dans la vie active, que pour accompagner le développement de l’esprit critique de la jeunesse, ce qui ne saurait passer par des programmes trop abstraits ou trop dogmatiques. A l’heure du relativisme, voire du complotisme qui gagne du terrain chez nos élèves, vouloir faire de l’école un outil de moralisation semble au mieux, inefficace, au pire, contreproductif. N’en déplaise aux idéologues, l’Education nationale n’est pas là pour formater les enfants à une éthique imposée, mais pour développer leur esprit critique afin qu’ils gagnent la liberté de définir leur éthique propre.