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Réforme annoncée : notre fédération reçue au ministère

Réforme annoncée : notre fédération reçue au ministère - SNCL-FAEN

Le 15 février dernier, au lendemain de l’annonce du Ministre de l’Education nationale sur la réforme du lycée et du Baccalauréat, la FAEN a été reçue au ministère.

Notre fédération tenait à se faire préciser de vive voix de nombreux points encore très obscurs de ce projet : ce qui au vu de l’amateurisme journalistique ambiant, voire de la désinformation régnant à l’heure actuelle, se révèle plus que jamais indispensable, surtout quand le Ministère lui-même parachève ses stratégies médiatiques.

 

Rappelons bien qu’au jour d’aujourd’hui, il ne s’agit en effet que d’un projet. Aucun texte légal n’est encore rédigé, ni même aucun contenu de programme. Aucun décret n’a été présenté (il y en aura deux, l’un sur le bac, l’autre sur la réforme du cycle terminal) au Conseil Supérieur de l’Education. L’un de ces deux décrets, lorsqu’il verra le jour, devra encore être validé par le Conseil d’Etat avant qu’on puisse envisager toute mise en œuvre.

 

Bref, nous sommes bien loin du tableau dressé à la télévision ou sur les radios d’un ministre qui aurait déjà réussi là où tant d’autres ont échoué… Dire, ce n’est pas faire !

 

Le SNCL et la FAEN comptent suivre de très près l’ensemble de la procédure, d’autant plus qu’à leurs yeux, les premières intentions données contiennent quelques évolutions qui pourraient s’avérer positives pour l’avenir du lycée si elles ne sont pas l’objet de compromis ou de reculs en cours de route.

Mais nous nous inquiétons aussi de nombreux autres points qui, trop abstraits ou idéaux, risquent de se heurter violemment à la réalité du terrain et causer des dommages irréparables à notre système éducatif, si aucune mesure d’accompagnement n’est prévue en amont.

 

QUELQUES POINTS DE DETAILS

Sans revenir sur les grands axes qui ont été présentés, la FAEN a pu obtenir plusieurs précisions d’importance sur le projet :

Les nouveaux enseignements : pour l’essentiel, ce sont encore des vœux pieux formulés par le Ministère. Dépourvus de contenus (qui ne sont pas encore rédigés), ils sont aussi orphelins de responsables. Qui concrètement réalisera ces cours ? Pour la spécialité au nom pléonastique qui ressemble plus à l’appellation d’un produit marketing, « numérique et sciences de l’informatique », le ministère avoue compter sur les bonnes volontés et les « talents cachés » des enseignants. Une formation certificative est envisagée, sans pour autant aller jusqu’à la reconnaissance disciplinaire. Même si les professeurs de science seront majoritaires à occuper ce créneau, il restera ouvert à tous. Pour les 1H30 hebdomadaire d’aide à l’orientation, c’est un peu la même chose : les professeurs principaux, les professeurs de spécialité une fois passées les épreuves terminales de leur discipline, mais aussi des intervenants extérieurs (notamment issus des structures régionales) seront mis à contribution, surtout en mai et juin. Annualisé, le volume horaire de 54h pourra aussi servir pour couvrir une sortie à un forum des métiers ! C’est donc une forme de recul du volume d’enseignement strictement dit qui est opéré par ce biais.

Les spécialités : derrière les apparences d’un lycée à la carte dont les enseignements s’adaptent parfaitement au goût des élèves, se cache ici une dure réalité du projet : pour des raisons de simple logique, toutes les combinaisons doublettes ou triplettes ne sauraient être proposées dans un même établissement, et malgré des réunions d’harmonisation prévues en ce sens, il est tout aussi illusoire d’imaginer y parvenir ne serait-ce que par bassin d’enseignement. Les lycéens devront donc choisir parmi quelques combinaisons déjà fixées à l’avance par leur lycée, en fonction de ses moyens et des équipes disponibles. Plus restrictif encore, il faudra aussi compter sur un nombre de places pas aussi flexibles que le ministère pourrait l’espérer. Car s’il est déjà aujourd’hui complexe parfois d’ouvrir ou de fermer une classe dans une série donnée pour s’adapter à la demande, comment croire que, demain, les lycées seront capables de moduler leur offre chaque année sur six ou sept combinaisons différentes, selon les besoins formulés par les lycéens ? Il est donc évident que, sans moyen supplémentaire, tous les lycéens ne pourront pas trouver place dans la combinaison de leur choix, et qu’ils seront soit fortement incités à changer de choix, soit amenés à formuler des vœux préférentiels. Un océan de litige en vue avec les familles ! Enfin, le projet prévoit qu’un lycéen puisse changer de spécialité entre la première et la terminale : mais comment imaginer qu’un élève qui n’a pas fait une seule heure de mathématiques en première soit soudain capable de suivre une spécialité de mathématiques type terminale, sauf à voir les programmes abandonner toute logique de progression entre les deux années ?

Les oubliés : le projet à l’heure actuelle ne dit rien sur les classes européennes (devront-elles se fondre dans la spécialité Langues et littératures étrangères ?), ni sur le contenu mystérieux de l’option LCA (Langue et Culture de l’Antiquité). Couvrira-t-elle le latin et le grec, ou seulement l’un des deux ? Moins encore sur le devenir des LV3 lorsque les lycéens ne pourront plus suivre qu’une seule option en première (et deux seulement en terminale).

Que fait-on en mai et juin ? Cela semble être une obsession ministérielle : maintenir les lycéens jusqu’au dernier jour de juin entre les murs des lycées. Et pour cela tous les moyens semblent bons, y compris la prise en compte de l’assiduité dans l’obtention du baccalauréat, ou encore la concentration du travail sur l’oral de maturité (nouvelle épreuve terminale) sur ces deux mois. Les professeurs doivent donc s’attendre à voir leurs emplois du temps se métamorphoser en cours d’année, au gré des périodes découpées par les nouveaux temps forts de ce bac en kit.  

L’articulation avec l’enseignement supérieur : toute la réforme a été pensée pour disposer de résultats chiffrés anticipés pour chaque futur étudiant, afin que notes et livret scolaire soient le plus tôt possible consultables sur ParcoursSUP, à disposition des universités qui les accueilleront après le BAC. Pour autant, le Ministre persiste à dire que ni les appréciations ni les notes des élèves ne devront servir « d’attendus » (autrement dit de critère de sélection) pour accéder à telle ou telle filière. La question se pose alors : à quoi bon désorganiser la totalité du lycée, si au final cela ne sert à rien ? Il est temps de quitter l’hypocrisie et d’assumer ses choix. Soit ce dispositif est mis en place pour permettre aux universités d’opérer des sélections pertinentes, soit cela ne le permet pas et dans ce cas il est inutile de bousculer la vie et l’organisation de milliers de lycée en créant de nouvelles épreuves partielles et en essemant les épreuves du bac d’avril à juillet pour rien…

 

EN CONCLUSION

La réforme du lycée est loin d’être faite. Tout et son contraire peut encore sortir du chapeau ; les contenus des programmes (prévus pour décembre 2018) se révèleront extrêmement révélateurs des progrès ou régressions portées par cette réforme. Les spécialités et les enseignements complémentaires réussiront-ils enfin à redonner aux lycéens le goût d’un enseignement exigeant et pointu ? Les lycées joueront-ils le jeu de l’adaptabilité à travers les combinaisons possibles ? Les difficultés organisationnelles concrètes n’auront-elles pas rapidement raison de ces grands principes ? Nous, professeurs, serons-nous les premières victimes d’un projet qui sans garantie pourraient faire de nous la variable d’ajustement ?

Le SNCL-FAEN continuera de vous informer tout au long du processus d’élaboration, avec objectivité et vigilance.