L’émotion reste immense après l’agression d’une professeure d’arts plastiques, poignardée par un élève de 14 ans dans un collège de Sanary-sur-Mer (Var), le 3 février dernier. Les dernières informations communiquées par le procureur de la République de Toulon indiquent que notre collègue a repris connaissance et a pu quitter le service de soins intensifs. Très fatiguée, elle demeure hospitalisée sous surveillance, son pronostic vital n’étant toujours pas levé malgré une évolution médicale jugée « positive ». Celle-ci a dû subir de lourdes interventions chirurgicales après avoir été poignardée à plusieurs reprises dans sa classe.
L’auteur présumé, élève de 3ᵉ, a reconnu les faits et a été mis en examen puis placé en détention provisoire. Il a déclaré avoir agi par « vengeance » après plusieurs incidents disciplinaires relevés par l’enseignante et par crainte d’une exclusion.
L’équipe locale demeure profondément choquée. Une cellule psychologique a été mise en place dans l’établissement afin d’accompagner élèves et personnels confrontés à la violence de la scène et à ses conséquences traumatiques. Témoignages d’élèves, inquiétude des familles, sidération des professeurs : chacun tente désormais de mettre des mots sur l’incompréhensible.
Le secrétariat général ainsi que le bureau académique de la section de Nice du SNCL expriment leur plus profonde compassion envers leur collègue agressée cette semaine et lui adressent tous leurs vœux de bon rétablissement. Le SNCL tient également à exprimer sa solidarité avec l’ensemble du personnel du collège La Guicharde à Sanary-sur-Mer.
Au-delà de l’émotion légitime, nous devons nous interroger collectivement sur la déconsidération croissante de notre métier. Dans un climat de violence sociale, économique et politique, le malaise des enseignants est trop souvent ignoré, alors même que ceux-ci demeurent les derniers piliers de l’École humaniste et républicaine, Les professeurs deviennent le réceptacle de la violence banalisée et ordinaire qui monte au sein des familles et d’une partie de la jeunesse, livrée à elle-même.
Les conséquences dramatiques de cette situation, ce sont aussi les personnels qui les vivent au quotidien : tensions accrues, sentiment d’abandon, fragilisation de l’autorité pédagogique, insuffisance des moyens de prévention et d’accompagnement.
Une alerte de plus pour l'École
Nous savons malheureusement que ce drame n’est pas un fait isolé ; c’est un signal supplémentaire de la dégradation des conditions d’exercice du métier de professeur. L’École ne peut continuer à fonctionner dans l’urgence et la gestion de crise permanente.
Le SNCL appelle à :
- une prise de conscience nationale sur la sécurité des personnels ;
- un renforcement des dispositifs de prévention et de suivi des élèves en grande difficulté ;
- des moyens humains et médicaux suffisants pour accompagner les équipes ;
- des moyens horaires, matériels et humains suffisants pour offrir des solutions concrètes aux conseils de discipline et donner tout leur poids aux sanctions prononcées, y compris les décisions d’exclusion qui doivent conduire à une réelle prise en charge alternative et efficace des élèves sanctionnés ;
- une revalorisation réelle de l’autorité du professeur et de son métier.
La protection des personnels n’est pas une option : elle est une condition indispensable au bon fonctionnement du service public d’éducation. Le SNCL restera mobilisé aux côtés des équipes pour que ce drame ne soit ni oublié ni banalement classé parmi les faits divers. Notre Éducation nationale mérite bien mieux.