La création de notre organisation syndicale remonte à 1910, d’abord sous la forme d’une association l’ANPCC (Association Nationale des Personnels de CC (Cours Complémentaires). Ces CC sont apparus progressivement, sans cadrage national et sans programmes officiels. Les enseignants ont très vite ressenti le besoin de se regrouper, de communiquer. L’ANPCC qui a débuté dans le département des Ardennes a très vite compté de nombreux adhérents dans toute la France. Sa représentativité avait atteint 95 % des personnels de CC avant la Seconde Guerre mondiale.
Pour comprendre cette attractivité, il faut se replacer dans le contexte de l’époque.
À la fin du dix-neuvième siècle comme au début du vingtième, la vie était dure pour les classes sociales défavorisées (logements peu ou pas chauffés, mauvaises hygiène, mortalité infantile élevée, etc.).
Le développement de l’industrie s’accompagnait de conditions de travail souvent déplorables, provoquant de nombreux accidents graves qui entraînaient de durs mouvements sociaux parfois réprimés dans le sang par la troupe.
Parallèlement, le développement industriel faisait naître un besoin de corps intermédiaires, plus instruits que les ouvriers, capables de faire le lien entre ces derniers et les ingénieurs.
En conséquence, de plus en plus de parents qui souhaitaient de meilleures conditions de vie pour leurs enfants comprenaient que cela passait impérativement par une durée d’études plus longue, imposant aux familles de lourds sacrifices financiers.
En effet, au début du vingtième siècle, le second degré (collèges et lycées) était payant, très cher et très élitiste. Quelques bourses étaient attribuées à des élèves méritants d’origine modeste, pour donner un vernis de justice sociale à un système profondément inégalitaire qui sélectionnait les futures élites parmi les enfants des classes sociales aisées.
Dans l’enseignement public, 9000 professeurs y préparaient environ 57 000 garçons au baccalauréat. Le bac était obtenu par 1% d’une classe d’âge. L’enseignement secondaire public ne scolarisa pas davantage d’élèves, à peu de choses près, pendant un demi-siècle.
De plus, à cette période, le principe de laïcité peinait parfois à être appliqué. L’affaire Dreyfus déchira politiquement la France et radicalisa un débat laïque que la loi de 1905 mit des décennies à apaiser.
Depuis les lois de Jules Ferry (1881 et 1882), l’école primaire gratuite et laïque devenait obligatoire (6-13 ans).
C’est grâce à la volonté d’un nombre croissant de parents, à l’engagement social d’instituteurs militants de la laïcisation de l’école publique, relayés par des élus locaux progressistes et divers échelons du ministère de l’Instruction publique que des écoles primaires accueillirent, au départ de façon informelle et sans moyens supplémentaires, de plus en plus d’élèves au-delà du certificat d’études primaires et de la scolarité obligatoire.
Ainsi sont nés les ″cours complémentaires″ (CC), qualifiés ultérieurement de ″collèges du peuple″, et se développa un enseignement primaire supérieur, incluant les écoles primaires supérieures, réactivées après la chute du Second Empire.
Les CC étaient des structures plus souples, rattachées à des écoles primaires, capables de répondre aux besoins des communes et des cantons (zones rurales, banlieues ouvrières). En 1910, un millier de CC (filles et garçons) accueillaient de l’ordre de 25 000 élèves (les effectifs de filles étant mal connus).
Noyés dans la masse des 115 000 instituteurs et institutrices des classes élémentaires des écoles publiques, les 1560 instituteurs ″maîtres″ des CC éprouvaient de grandes difficultés pour défendre les intérêts de leurs élèves et leurs intérêts professionnels. Pour faire entendre leur voix, ceux d’entre eux, originaires du département des Ardennes, se regroupèrent le 24 mai 1910 pour créer l’ANPCC. Les syndicats de fonctionnaires étaient alors interdits.
Un an plus tard, 75 délégués originaires de 27 départements et porteurs de 400 mandats d’adhérents se réunirent à Paris pour le premier congrès national de l’association.
Jusqu‘au début de la Seconde Guerre mondiale, les CC connurent une croissance considérable, tant en nombre d’établissements qu’en nombre d’élèves accueillis par chacun d’eux : 1700 CC accueillaient alors 124 000 filles et garçons.
Jusqu’en 1933, les CC furent les principaux vecteurs de la démocratisation de l’enseignement. Par son approche pragmatique des dossiers et son engagement social l’ANPCC contribua grandement à cette dynamique.
A partir de 1933, la situation évolua :
Dissoute par les lois de Vichy, pendant la Seconde Guerre mondiale, l’ANPCC renaquit de ses cendres à la Libération grâce au dévouement de ses militants. Tout était à reconstruire !
L’assimilation d’une partie de l’enseignement primaire supérieur par le second degré, entamée avant la guerre par Jean Zay, et la volonté d’augmenter les perspectives d’ouverture du premier cycle du second degré à tous les enfants, contenues dans le plan Langevin-Wallon, creusèrent progressivement un fossé entre les instituteurs des CC et la masse de ceux des écoles primaires publiques.
Les réformes tant attendues depuis la Libération tardaient à venir. De profondes divergences apparurent progressivement entre les positions de l’ANPCC et celles du SNI (Syndicat National des Instituteurs créé en 1920).
L’ANPCC demandait des programmes scolaires identiques pour les niveaux comparables des CC et des collèges du second degré ainsi qu’un même diplôme de fin de troisième. Le SNI réclamait, lui, des programmes et des diplômes distincts. L’ANPCC souhaitait que les personnels des CC aient des conditions et une durée de travail proches de celles des professeurs des collèges.
En janvier 1959, la réforme du ministre Berthoin porta la scolarité obligatoire à 16 ans et transforma les cours complémentaires en collèges d’enseignement général (CEG) ouvrant ainsi la voie à la généralisation de l’enseignement du 1er cycle du second degré.
Pour l’ANPCC, cette réforme allait dans le bon sens. Le SNI avait un tout autre avis ce qui empêcha les deux organisations de s’entendre sur des candidats communs pour les élections des représentants des personnels des cours complémentaires.
L’ANPCC présenta alors pour la première fois ses propres candidats et obtint l’un des deux sièges à pourvoir. Le divorce était consommé et à une très large majorité, les adhérents de l’ANPCC décidèrent, en avril 1960, la transformation de l’association en syndicat national des collèges (SNC).
Comme le SNCL aujourd’hui et l’ANPCC avant lui, le SNC était un syndicat défenseur de la laïcité, socialement engagé, rassemblant des enseignants de sensibilités politiques différentes mais regroupés autour d’un projet professionnel commun. Il a toujours été totalement indépendant des partis politiques comme des différents groupes de pression, seul moyen de préserver ce rassemblement. Le SNC qui est devenu SNCL en 1993 (pour étendre son champ de syndicalisation aux personnels des lycées) apporte, par ses statuts et par son comportement, la preuve de cette indépendance.
Le SNC demandait la création d’une véritable « école moyenne », entre l’école primaire et le lycée, dotée d’un corps spécifique de professeurs. La création du corps des PEGC (professeurs d’enseignement général de collège) en 1969 puis la réforme de fusion des CEG et des CES pour créer le collège unique par le ministre Haby en 1975 furent autant de pas supplémentaires dans la direction des demandes du SNC.
Mais si la démocratisation quantitative du 1er cycle du second degré était ainsi bouclée, l’ouvrage restait inachevé car 4 corps professoraux enseignaient dans le collège unique qui allait rapidement s’avérer une structure uniforme incapable de prendre réellement en charge la très grande différence de niveau des élèves.En 1990, avec deux autres syndicats, le SNC créait la FAEN (Fédération Autonome de l’Education Nationale). Tout au long de son histoire et sous ses différentes appellations, notre organisation a toujours été et demeure, de tous les combats pour la laïcité, pour la défense des personnels actifs et retraités, pour l’égalité et l’amélioration des conditions de travail et de rémunération. Enfin, le SNCL-FAEN souhaite que l’utilité sociale des métiers de l’éducation soit reconnue à sa juste valeur, afin d’enrayer le manque d’attractivité du métier.